C'est notre histoire... Notre parcours dans la procréation médicale. Les hauts, les bas de notre quotidien, au jour le jour ou presque... Pour évacuer, pour se souvenir, pour raconter plus tard à ces enfants... Pour que notre galère ne soit jamais oubliée!
Aujourd'hui, nous sommes les parents comblés de petites jumelles éprouvette. Ce blog relate également leur naissance prématurée et leur quotidien.

samedi 5 juillet 2014

La prématurité mon traumatisme

Est ce que quelqu'un peu me dire quand Est-ce que tout cela va cesser? Quand Est-ce que je vais cesser de pleurer face à cette fichue prématurité. Mais put**** mes filles vont très bien! Pourquoi faut-il que mon cerveau continue inlassablement, en boucle à ressasser cette naissance? Pourquoi à chaque fois que je regarde Jade, j'ai une immense vague de tendresse, de bonheur, et à la fois mon cœur se serre... J'ai bien failli ne pas connaitre cette petite fille si formidable.
Je suis lassée et usée de revivre jour après jour leur naissance... Lassée et usée de voir le SAMU les récupérer... Lassée et usée de me remémorer les mots de la pédiatre de garde ce dimanche soir où tout à basculé... Lassée et usée de ne pas savoir profiter de l'instant présent en faisant abstraction du passé.

Les psys, les professionnels, tout le monde me garanti que ça passera... que c'est normal... que les parents de prémas subissent un traumatisme, et que le pire moment, sera le jour de leur 1er anniversaire... Mais ça passera quand? Sur le forum de sosprema, il y a des mamans qui 4/5/6 ans plus tard sont toujours traumatisées par la naissance de leurs enfants. Comment continuer comme ça, à ressasser sans cesse pendant autant de temps? Pourquoi n'est ce pas si simple de tourner cette page quand tout va si bien au quotidien avec des petites filles extraordinaires et en pleine forme?

Je m'efforce pourtant de ne plus y penser. Je ne compte plus jamais en age corrigé, je ne les ai pas fait peser depuis 4 mois, je ne compare plus leur évolution avec les enfants du même age... Bref, je fais beaucoup d'efforts et de progrès, mais il y a tous les soirs quand je me couche, ces images de leur naissance...

La copine de mon frère a accouché mercredi. Je vous le donne en mille! Je ne fais QUE penser à la naissance des filles depuis. A tel point qu'à force de harceler mon frère pour savoir à quel terme était sa copine, il a fini par demander à la sage femme en salle d'accouchement. 38+3SA. Ouf, me voilà soulagée... c'est un bon terme. Je suis obsédée par les SA. La femme du parrain de Jade est à 34SA. Repos stricte obligatoire car son col est modifié et elle a des contractions. Elle le prend un peu à la légère. Mais put**** ils croient quoi les gens? Qu'on est resté dans un camps de vacances pendant ces longues semaines/mois???? On ne peut pas servir d'exemple pour une fois??? Pourquoi suis-je la seule à m'inquiéter pour les grossesses de TOUTES les femmes qui nous entourent? Pourquoi même les personnes les plus concernées prennent les recommandations à la légère? Parce que c'est la mode de dire "je suis enceinte, je ne suis pas malade!". Et alors, oui, une grossesse, c'est précieux. Tellement précieux qu'on pourrait presque l'associer à une maladie! Parce que oui, malgré tout ce qu'on veut bien dire, il y a des précautions à prendre quand on est enceinte! Une copine à eu un accident de voiture à 30SA. Elle est restée hospitalisée une semaine sous contrôle, et a demandé à quitter l'hôpital parce qu'elle mangeait trop mal, et qu'elle voulait reprendre le boulot. Je vous explique pas les nuits de cauchemars que j'ai vécu à me faire du soucis pour elle. Elle? Bah... elle se rendait pas vraiment compte. Elle a fini par accoucher à 38SA. Tant mieux.
J'aimerais ne pas me soucier des grossesses des autres. En fait, personne ne comprend notre souffrance. Tout le monde croit que sous prétexte que ça y est, les filles vont bien, et bien, la prématurité, c'est terminé pour nous. D'ailleurs, je me demande même si les gens se souviennent. Peu m'importe. Ce que je sais, c'est que je ne souhaite à PERSONNE de vivre le cauchemar et l'enfer qu'on a vécu. Et que je préfère que toutes ces personnes restent dans "l'ignorance", et ne sachent pas réellement ce qu'on a vécu.

Je comprends beaucoup de problématique dans les hôpitaux, je comprends le manque de personnel, le manque de matériel... Mais je ne comprendrais JAMAIS pourquoi il a fallu attendre 3 jours et que ma toute petite fille soit en train de mourir pour qu'enfin une maternité de niveau 3 nous cède une place. On ne devrait pas avoir à choisir de laisser vivre tel ou tel bébé. Je me dis que ce jour là, ce jour où aucun hélicoptère ne pouvait décoller, ce jour où les transferts ne pouvaient se faire que dans les maternités les plus proches, cette période de l'année où il n'y avait plus de place en réa, combien de bébés sont restés sur le carreaux? Il y a forcément d'autres bébés que Jade qui avaient besoin de réa... Que sont devenus ces bébés? Ma toute petite fille a eu la seule place qu'on a rendu disponible ce soir là dans la 2ème plus grande ville de France! Parce que si on la laissait une heure de plus dans sa maternité 2B, elle allait mourir. 3 jours entiers on a cherché une place en niveau 3. 3 jours entiers pendant lesquels on nous disait que personne ne pouvait la prendre. Alors Dieu merci, ma toute petite fille a été sauvée. Pourquoi Est-ce que je ne peux pas m'en contenter?????? Pourquoi faut-il que ça tourne en boucle dans ma tête. En attendant la dernière seconde pour sauver notre bébé, on a tué quelque chose à l'intérieur de nous... Il y a un morceau de notre cerveau qui est mort cette nuit là. Et ce n'est pas que moi. Mon homme est pareil. Alors parfois, ça me rassure... je me dis que je ne suis pas la seule à devenir folle... Je me dis que je suis plutôt normale. La psy semble penser que je suis normale... Elle me dit sans cesse qu'à présent il faut laisser le temps agir...

Comme quoi, on a beau avoir les plus beaux bébés du monde (avis objectif), qui se sont battues comme des championnes, qui nous rendent si fières, deux petites filles en pleine forme et en pleine santé... et bien il y quand même malgré tout une ombre au tableau...

Alors je vous rassure, au quotidien on va plutôt bien. On est pas en dépression. Mais il y a des phases, comme actuellement avec la naissance de mon petit neveu et la MAP de notre amie, où tout se bouscule un peu plus que d'habitude dans nos petites caboches... Les plaies ne se sont pas encore refermées... On va faire confiance à l'avis général et se dire qu'un jour ça passera... J'ai hate d'être à ce jour...

10 commentaires:

  1. On oublie jamais! mais on apprend à y penser un peu moins... pour moi c'était il y a bientôt 15 ans et ma fille va super bien! pourtant elle est née à 27 semaines et 2 jours et faisait 790 g, elle a passé 3 mois à l'hôpital, c'était par une partie de plaisir! mais il faut essayer de se dire qu'on a eu bcp de chance et qu'il faut savoir en profiter!

    De grandes pensées!

    silvia

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    1. Merci pour ce gentil message. D'avoir posé mes souffrances du moment par écrit m'a fait me sentir d'un coup beaucoup mieux. Je profite de chaque instant auprès de mes poupées. Je les regarde grandir avec bonheur (et nostalgie), et tous les jours je les regarde comme le plus précieux des cadeaux.
      Merci encore

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  2. Je suis passée par là aussi et le traumatisme est toujours là. Le pire a été la semaine précédant leur 1er anniversaire. J'y pensais tout le temps. Il y a encore quelques temps, j'ai éclaté en pleurs en y repensant. Pour faire passer ma tristesse je me dis qu'elles sont là et qu'elles vont bien. Mais ça ne m'empêche pas d'y repenser de temps et temps et la douleur est toujours bien vive.

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    1. Je me rends compte que je ne suis pas la seule à retourner en boucle le scénario... Je sais que mes filles vont bien, et qu'elles sont en pleine forme, mais c'est plus fort que moi... Merci pour le petit mot!

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  3. Tu as vécu un vrai traumatisme et peu de gens peuvent te comprendre, le fait que tes filles aillent bien n'efface pas les souffrances passées, malheureusement il faut du temps pour digérer, pour que tes sentiments soient plus apaisés. Tu ne vas pas en plus t'ajouter le sentiment d'être anormale? Vous êtes normaux! Courage ma belle, et va vite faire un câlin à ta tribu!

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    1. Ouf! alors me voilà résolument "normale"! Merci de ton soutien et de ce gentil petit mot. J'attends 16h30 pour aller lever ma petite tribu, la caliner fort fort fort, et lui dire pour la 1000ème fois de la journée que je l'aime (je vais leur faire saigner les oreilles à force!)

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  4. Je n ai pas connu la prématurité mais ton article me touche. Je trouve ça bien normal et compréhensible que leurs naissances restent un traumatisme. Vous avez eu peur pour vos deux princesses comme jamais des parents ne devraient avoir peur. Et même si elles vont très bien ça fera partie de leurs histoires et de votre histoire. Après j espère que tu trouveras un peu de répit dans ta souffrance et qu elle s apaisera avec le temps. Je t envoie des bises de soutien

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    1. Merci pour ton gentil message de soutien... Du répit, j'en ai la plupart du temps, je te rassure... Mais parfois, je craque (environ une fois par jour...). Mais ça, tu y es passé aussi avec tes complications... On a toutes nos fardeaux derrière nous, et je suis heureuse de lire que les souffrances passent... Merci encore!

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  5. Je découvre ton article et comme je te comprends. Ma fille est née à 32 SA il y a 4 mois et depuis je souffre de ce traumatisme. Ma puce va très bien mais pas un jour sans que j'y pense, j'en fais même des cauchemars la nuit. J'ai du mal à me séparer d'elle. Je ne sais pas comment apaiser ma souffrance et difficile pour les autres de comprendre quand BB va mieux. Et toi tu souffres moins? Comment faire pour se sentir plus légère?

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    1. Tout le monde me disait que le temps faisait son œuvre... Je ne pouvais pas le croire... Je ne voyais pas comment ça allait être possible d'oublier... Et puis l'anniversaire est passé... Et la souffrance s'est apaisé. Il n'y a pas un jour aujourd'hui où je ne pense pas à cette naissance, mais je n'y pense plus avec douleur. Je les regarde grandir. ça me réchauffe le cœur. Elles sont pleine de vie, elles respirent fort, surtout la nuit. Je suis rassurée et apaisée. Quand tu verras ta fille grandir, commencer à papoter, se déplacer, te caliner... tes souffrances s'apaiseront. Je te jure! Plein de courage à toi en attendant... Quelques mois difficiles t'attendent encore...

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